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Gribouiller pendant une réunion vous permet d'être moins rêveur

21 octobre 2025 par
Gribouiller pendant une réunion vous permet d'être moins rêveur
Pierre Vasseur
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Ah, le grand malentendu du "gribouilleur" ! Il y a ceux qui ne supportent pas de nous voir, nous, les passionnés dont le stylo doit bouger pendant une réunion, un cours ou une conférence. Pour eux, ce n'est que du "gribouillage" sans but, une distraction.

On nous met injustement dans le même sac que nos cousins, les "gigoteurs" – ceux qui font compulsivement tourner leur stylo, qui tapotent leur téléphone ou réorganisent sans cesse leurs papiers. (Je l'avoue : je suis de cette famille ! Mon stylo a la bougeotte, et il m'est même arrivé de partager une idée en douce.)

Et pour nous tous – les artistes en réunion, les esprits cinétiques, les chuchoteurs inspirés – la remarque finit toujours par tomber. Vous la connaissez ? C'est cette petite phrase passive-agressive, lancée par la personne qui anime, comme une fléchette : « Excusez-moi, notre discussion interrompt vos dessins ? »

C'est ironique, bien sûr. Mais le sous-texte est brutalement clair : « Lâchez ce stylo et écoutez. »

Si seulement ils savaient... Si seulement ils savaient que c'est justement en dessinant que nous écoutons le mieux, que notre cerveau s'allume et que les idées se connectent !

Mais je n'ai jamais cessé de gigoter, et j'ai toujours pensé que je quittais les réunions en me souvenant de tous les points importants. J'en ai maintenant la preuve. Dans une nouvelle étude passionnante, qui sera publiée dans la revue Applied Cognitive Psychology, la psychologue Jackie Andrade de l'Université de Plymouth, dans le sud de l'Angleterre, a montré que les gribouilleurs se souviennent mieux que les non-gribouillants lorsqu'on leur demande de retenir des informations fastidieuses, comme lors d'une réunion ou d'un cours magistral.

Quelle magnifique petite étude menée par Andrade ! C'est une véritable validation de ce que nous, passionnés de la pensée visuelle, savons intuitivement. Imaginez la scène : 40 participants, probablement épuisés et rêvant de leur canapé (ou du pub !), sont interceptés. On leur demande de consacrer cinq précieuses minutes de plus à la science. Ils sont conduits dans une salle pour écouter un enregistrement de 2,5 minutes, qualifié de "plutôt ennuyeux".

Et "ennuyeux" est un euphémisme hilarant ! Ce qu'ils ont enduré était un véritable cauchemar audio, un message vocal fictif décousu pour une fête d'anniversaire. C'était le genre de monologue qui transforme votre cerveau en bouillie : des nouvelles d'un chat malade, une cuisine redécorée, la météo... un véritable sable mouvant cognitif. Dissimulés dans ce brouhaha, se trouvaient 8 noms de lieux et 8 noms de personnes. C'est le genre de situation où l'esprit supplie de s'échapper !

Mais c'est là que l'étincelle se produit ! Andrade a scindé le groupe. La moitié devait simplement... écouter. L'autre moitié, les chanceux, ont reçu une feuille avec des petits carrés et des cercles. Leur mission ? Les colorier pendant qu'ils écoutaient. Pas de pression, juste le simple bonheur de faire glisser un stylo sur le papier. (Andrade a évité le mot "gribouiller", mais nous savons de quoi il s'agit !). Les deux groupes devaient aussi noter les noms des invités, ce qui signifie que nos "gribouilleurs" engageaient activement leur main tout en écoutant.

Le moment de vérité ? Un test de rappel surprise ! On a demandé à tout le monde de se souvenir des noms et des lieux. Les résultats sont une victoire totale pour le crayon ! Ceux qui avaient activé leur canal visuo-moteur ont mémorisé en moyenne 7,5 informations. C'est 29% de plus que la moyenne de 5,8 du groupe qui s'était contenté d'écouter passivement !

Alors, quel est le super-pouvoir du gribouillage ? La théorie d'Andrade est brillante : gribouiller n'est pas une distraction, c'est un anti-distracteur. L'ennemi numéro un de la concentration, c'est la rêverie. Quand on s'ennuie, notre cerveau ne s'éteint pas ; il part en roue libre. Il commence à planifier les vacances, à comparer des options, à refaire le monde... Ces pensées complexes (ce que les psychologues appellent les "fonctions exécutives") consomment énormément d'énergie mentale.

Le gribouillage, lui, est un génie de l'efficacité. Il demande très peu d'effort cognitif, mais juste assez pour servir d'ancre. Il occupe votre cerveau suffisamment pour l'empêcher de s'évader dans des rêveries complexes, tout en laissant votre canal auditif grand ouvert. Il empêche votre esprit de "décrocher" et vous maintient dans l'instant présent.

Alors, la prochaine fois que vous serez en réunion, votre stylo dansant sur la page pour capturer des idées, et que vous sentirez un regard réprobateur vous demandant si "on vous dérange", souriez. Vous pourrez répondre avec assurance que, grâce à ce simple acte, vous êtes probablement la personne la plus concentrée de la pièce, en train de forger des souvenirs plus solides. Vous ne rêvassez pas, vous ancrez l'information !


source : https://time.com/archive/6933247/study-doodling-helps-you-pay-attention

Gribouiller pendant une réunion vous permet d'être moins rêveur
Pierre Vasseur 21 octobre 2025
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